Situations

Alors, c’est fini, c’est pas fini ? C’est fini à chaque instant ! Une synthèse de différentes temporalités. Comme si la notion d’objets qui seraient fixes s’opposant à d’autres objets qui seraient instables ne tenait pas debout. Il y a plutôt l’idée d’une condensation qui s’exprime dans une forme, d’un drame intérieur qui distord, qui saccade la forme. La forme obtenue, la forme qui vient, est le centre toujours décentré, constamment réévalué, en fonction de ce qui la traverse et de ce qui se passe autour d’elle. Le processus de fabrication est une série d’opérations qui sont autant de rythmiques contradictions donnant lieu, pourtant, — et, bel et bien, dirais-je — à la production d’une forme, fonctionnant — elle — comme rythmique contraction. La sculpture ça passe par des temps longs, lents, faibles, ça traîne. Et brusquement ça explose, faut se magner, manque plus qu’une pichenette. Dans l’atelier, dans mes pièces, dans ma tête, dans le monde héritages et tables rases se succèdent.

Des lieux où les choses se passent. Deux idées surgissent, celle de l’espace (avec son contenant et son contenu) et celle du temps (mouvement ?). Corrélation chorégraphique de l’espace et du temps dans la sculpture comme je l’entends. Dans la sculpture, j’aime à penser que c’est le temps qui prend le pas.

La dimension spatiale devient un fait, une évidence sensible, ce que je vois par tous les trous. Alors que la dimension temporelle est ce qui me « parle », ce qui se murmure, ce qui veut se laisser deviner. Si l’on considère l’activité artistique comme un tout fatalement cohérent où chaque nouvelle production trouverait sa place par rapport à celle qui la précède et à celle qui n’existe pas encore, alors la dimension temporelle devient essentielle. Ici et là se laissent lire en transparence différentes strates se superposant. Elles racontent un passé à moitié effacé. Quelques traces permettent d’entrevoir ce qui s’est passé ici et là, peut-être ce qui va se passer. Une archéo-mythologie se forme, différentes phases s’observent : des choses à l’état larvaire, transitoire forment une sorte de constellation indéfinie. Les fluides laissent leurs sédiments qui s’accumulent. Ça cumule. Ça rampe. Et ça se décante : des amas différenciés se forment, conglomérats et autres agrégats. Des pôles d’attractions se créent et exercent leurs pouvoirs. Les points de concentration sont devenus points d’accroche infléchissant les autres qui viennent se greffer sur eux. (On se monte les uns sur les autres, on s’écrase mutuellement pour grimper sur celui qui est devant nous. Effondrements, massacres, tout est ruine, tout est calme. Les esprits se sont refroidis et les pépins finis, les tuiles cessent de voler, alors on s’arrête, on se penche, on ramasse une pépite et le béguin recommence).